I like the way you die boy !

quentin-tarentino-django-unchainedQuentin, qu’est ce que tu nous as fait là ? Un western sur un ex-esclave noir cherchant sa femme à Candy Land et un ex-dentiste chasseur de prime allemand trilingue gentil et aimable en toutes circonstances ?

C’est bien parce que tu es le chouchou du cinéma qu’on tolère tes scènes interminables et ton obsession pour l’hémoglobine. À quel réalisateur pardonnerait-on de tels extrêmes ?

Oui, ça fait beaucoup de questions, mais je cherche désespérément à comprendre pourquoi je suis sortie de la salle avec l’envie violente de revoir le film, d’épouser Jamie Foxx et Léonardo Di Caprio en même temps, d’acheter la bande originale, et de tirer dans la tête de quelqu’un pour voir si ça explose vraiment comme ça. Oui, tout ça !

Je crois qu’il est facile de dire que maintenant que tu as fait tes preuves, on te passe tout. Or personne n’aime la facilité, pas même moi. Et je pense, mon cher ami, que tu as un monstrueux talent que tout le monde adore et déteste à la fois. Ça agace ! La moitié des répliques du film était déjà culte avant qu’il ne sorte dans les salles. Ta prétention est à la hauteur de ton don. Tu as bien fais ton job.

Django m’a conquise dans tous ses aspects. La longueur ne m’a jamais dérangé, les effusions de sang ont fini par me faire rire, Waltz est extraordinaire, mais ce n’était pas vraiment une surprise, tu l’avais déjà magnifié dans Inglourious Basterds. Aucun acteur n’est en dessous de l’autre. Di Caprio est détestable, tout comme Samuel L. Jackson, tout deux excellents dans leur ignominie.

Et Jamie Foxx… Jamie Foxx que je ne connaissais qu’en rappeur américain et en Ray Charles. Je l’avais donc déjà vu dans un registre loin du sien et je l’avais trouvé bon. En Django, il est transcendant. Sa justesse et son intensité ne sont que renforcées par le talent indéniable de son partenaire, Waltz. Ces deux là forment le duo indispensable à chaque Western. Ils incarnent la loyauté, la liberté, le courage, toutes ces valeurs que doivent défendre le héros américains. Et pourtant, ce n’était pas du patriotisme. La violence sous couvert d’humour (non, on ne fait pas exploser les gens comme ça avec un cous de pistolet) dénoncerait-elle la société outrageusement violente dans laquelle tu vis ? On l’avait déjà pressenti dans Inglourious Basterds, c’est transparent ici, les américains ne sont plus les gentils.

J’avais prévu d’écrire « Inutile de parler de la BO », mais en réalité, il FAUT en parler. Le talent des acteurs et la force de l’histoire dans Inglourious Basterds avaient presque fait oublier la musique qui t’est si chère. Toi qui a accouché de la meilleure BO de tous les temps, Pulp Fiction (parti pris parfaitement assumé, j’accepte d’autres propositions si elles sont argumentées et justifiées, preuves à l’appui), te revoilà avec une BO d’une puissance époustouflante. Mieux que de décorer, que de combler le vide, chaque morceau vient servir la scène avec perfection et lui donne la dimension magnifique qu’elle mérite.

"Django Unchained, c’est le genre de films qui vous rappelle pourquoi vous aimez le cinéma" – 20minutes

"Délirant" – Elle

"Django Unchained convoque le meilleur du cinéma de Quentin Tarantino" – Métro

Une telle promo annonçait un chef d’œuvre. Pari réussi pour moi, déception pour d’autres. En effet, après avoir annoncé « le meilleur Tarantino», beaucoup ont attendu « le meilleur Tarantino ». Je ne peux juger, n’ayant pas vu toute ton œuvre, mais je peux comparer avec le peu que je connais et dire sans hésitation que ce n’est pas comparable. Tous tes films ont montré une nouvelle facette de ta folie, ils rivalisent tous d’excellence mais sur des plans différents. Django n’a aucun point de comparaison avec Reservoir Dogs ou Kill Bill. Il est unique.

Django crée, sans surprise, à la fois passion et dégout.

Pas de demi-mesure pour un type de ta pointure.

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Le Songe d’une Nuit d’Été de William Shakespeare

Le théâtre… Le théâtre et son pouvoir prodigieux de nous plonger dans un autre univers où l’amour est beau et entier, où la magie existe et où le spectacle et la fête sont rois.

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Les spectateurs se pressent dans les minuscules gradins. Même assise à la dernière rangée, j’ai l’impression d’être sur scène. De l’intimisme pour une pièce jouée et revisitée des centaines de fois à travers le monde. Il fait terriblement chaud à l’intérieur et monstrueusement froid à l’extérieur. On se plaint, il n’y a pas assez de place, je ne vois pas, veuillez cesser Monsieur avec ce foutu chewing-gum. Les lumières s’éteignent, on se discipline, on se prépare pour la grande traversée, près de trois heures sans entracte.

Et la magie opère.

Chaque petit tracas disparaît.

On se laisse emporter.

Nicolas Dégremont nous offre avec sa troupe de comédiens amateurs une adaptation du Songe d’une Nuit d’Été de Shakespeare. Un parti pris moderne, une traduction délibérément actuelle, et de la folie. Surtout de la folie !

Les comédiens évoluent sur scène avec une évidence troublante, comme s’ils ne pouvaient pas être ailleurs, comme si la Fée Toile d’Araignée, Hippolyta et Puck étaient véritablement là.

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Queen berce Athènes et ses citoyens et on peine à croire que cette pièce a été écrite il y a plusieurs siècles de cela. C’est une fête permanente, un spectacle. Nicolas Dégremont nous montre, par sa mise en scène toujours en mouvement, Shakespeare sous un nouveau jour. Le Songe n’est pas qu’une pièce interminable et incompréhensible, elle n’est pas qu’un classique poussiéreux au fond d’une bibliothèque. Les thèmes que traite le maître n’ont jamais été si actuels. Ils parlent à tous. Rien ne vieillit. On se joue de l’amour, on chante la beauté, on défit l’autorité et on veut fêter la vie plus que tout.

Soudain on comprend Shakespeare. Les comédiens nous embarquent dans cette double histoire avec exaltation, on se laisse attendrir par la douce Helena, on tombe amoureuse de la manière dont Lysandre aime, on rit de l’infortune de Bottom. On plonge dans un monde avec plus de réalité que n’importe quel livre ou film. L’humanité et le féerique sont montrés sous nos yeux et nous parlent.

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Les comédiens sont des amateurs dans le sens où ils aiment ce qu’ils font, et dans ce sens uniquement. Leur passion pénètre la pièce, la manière dont ils ont investis leurs personnages, dont ils les ont travaillé jusqu’à s’en imprégner pour n’être plus qu’eux sur scène. Ils livrent ces sentiments qui rendent fragile et qui les rendent pourtant si forts et si justes. Le désespoir, l’amour, la jalousie… Ces émotions qui nous brisent, nous rendent faillibles et imparfaits sont dévoilés dans leur plus grande authenticité. J’ai peur qu’Helena ne se rompe. Comment peut-elle rester là, debout sur scène, alors que l’amour de sa vie la méprise ? Comment Lysandre peut-il aimer Hermia autant ?

Le théâtre rend si sensible et si puissant à la fois…

Je sors dans une transe heureuse. Je croise le comédien jouant Lysandre, mais il n’est plus Lysandre. Dur retour à la réalité.

Sixtine Lys

Les dates :

- Le 13 et 14 mars 2013 au Théâtre de l’Echo, Darnétal, Normandie

- Le 22 juin 2013 au Château d’Ételan, Normandie

Pour aller plus loin :

http://www.compagnienicolasdegremont.fr/compagnienicolasdegremont/La_Compagnie.html

http://www.facebook.com/CompagnieNicolasDegremont?fref=ts

Critique personnelle et totalement subjective de « The Hobbit »

The-Hobbit-An-Unexpected-Journey-Affiche-BilboChers fans du Seigneur des Anneaux, de science fiction ou en encore de Gollum, ne blâmez pas mon manque de connaissance flagrant en la matière. J’écris ce papier en tant qu’ignorante, en tant que simple spectatrice étant allée voir le film par curiosité.

Je ne suis ni spécialiste de la Terre du Milieu ni historienne spécialisée dans la civilisation des Gobelins, et pourtant… J’ai aimé !

Oui, j’ai aimé tous ces nains, j’ai aimé Thorin et son chant viril, j’ai aimé Bilbon et Dumbledore déguisé en Gandalf. J’ai détesté Gollum, mais n’est-ce pas le but ?

Il faut l’avouer, la technologie sert énormément le film. Toutes les créatures sont d’un réalisme troublant. Les images, tout en étant monstrueuses, sont agréables à regarder, et belles en un sens.

Sans avoir vu ni lu les épisodes précédents, qui sont en fait la suite – merci Star Wars d’avoir initié ce casse-tête infernal – l’histoire se comprend sans encombre : des nains à la conquête de leur terre perdue.

Attention cependant, pour les quelques ignorants qui se sont rendus tout comme moi à la projection sans se renseigner, Le Hobbit est le premier épisode d’une trilogie. Attendez vous donc à rester sur votre faim, puisque justement, il n’y a pas de fin.

Peter Jackson réalise donc le beau pari de ne pas (totalement) se casser la figure sur un thème tel que celui ci. Le « totalement » est de mise car si je suis personnellement sortie très enthousiaste (Thorin fait de l’effet), la critique des journalistes et des spectateurs reste mitigée. Les quelques longueurs sont en effet dénoncées, ainsi que l’immense promotion qui aurait donné trop d’espoir aux fanatiques de Tolkien. Un film trop attendu peut-être, on lui accorde malgré tous ses excellents effets spéciaux.

La suite fin 2013, d’ici là Django Unchained, Gatsby le Magnifique, Die Hard 5 et Moi Moche & Méchant 2 nous attendent.

Shaka Ponk : la consécration.

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Les Shaka Ponk. Un nom de groupe peu commun, pour une musique peu commune. En 2003, en Allemagne, alors que les boys band ont remplacés la post-punk, et que le rap connaît un essor impressionnant, François et Cédric, deux amis d'origine française décident de créer un groupe de musique mêlant tous les genres. A l'image de Gorilllaz, groupe fictif et virtuel du chanteur de Blur, ils créent une mascotte, Mr Goz, en image de synthèse qui deviendra à la fois leur emblème et leur drapeau.

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Un peu de musique dans notre vie !

Critique personnelle et pas tellement subjective de « Les Bêtes du Sud Sauvage »

les-betes-du-sud-sauvageLes Bêtes Féroces du Sud ? Le Sud des Bêtes Dangereuses ? Un truc avec des bêtes qui se passe dans le Sud quoi ! Le réceptionniste au guichet nous offre un sourire compatissant. Combien de personnes ont écorché le nom de ce film avant nous ? Monsieur nous invite à rejoindre la salle tout au bout du couloir, tout en haut des escaliers, très très loin dans les tréfonds du cinéma. Avec un peu de chance des spectateurs renonceront en route. Trente sièges maximum, dont la moitié cassés, un écran de la taille d’une télé moderne et trois érudits. Nous sommes dans un cinéma d’art et d’essai… Je me sens tout de suite très forte. My, myself and moi-même sommes allés voir un film de grand !

Mais laissez-moi vous présenter ma plus grande claque cinématographique de l’année 2012. Laissez-moi vous convaincre d’aller pour une fois dans le seul cinéma d’art et d’essai de votre région.

Le récap’ : L’histoire, l’épopée, la légende d’une petite fille dénommée Hushpuppy, née dans le Bathtub dans le fin fond du Bayou, Louisiane. Une gamine époustouflante qui croit au retour des bêtes sauvages du passé et au détraquement du monde. Une enfant qui écoute les cœurs battrent mais qui n’entend plus celui de la terre elle-même. Un petit être qui dessine sur des cartons pour que, dans plusieurs millénaires, on sache que sur terre il y a eu une fois une Hushpuppy.

Cette actrice miniature à couper le souffle au nom imprononçable, Quvenzhané Wallis, 9 ans, est nominée pour l’Oscar de la meilleur actrice au côté Emmanuelle Riva (Amour), 85 ans. Jolie sélection. Parmi ses onze prix et ses quinze nominations, le film a déjà reçu la Caméra d’or au festival de Cannes 2012.

Benh Zeitlin, lui aussi nominé aux Oscars dans quatre catégories différentes, dont celle du meilleur réalisateur, nous fait découvrir les indigènes de Louisiane, ces hommes et ces femmes qui vivent dans des conditions insalubres, pour nous, êtres évolués que nous sommes, mais qui n’échangeraient leurs terres faites de boue et leurs bicoques de tôle pour rien au monde. Ces hommes et ces femmes qui chaque année doivent reconstruire derrière les tornades, mais qui ne partiront jamais. Ces hommes et ces femmes qui préfèrent se battre contre la fin du monde et les Bêtes Sauvages plutôt que de rejoindre la civilisation et de se détruire.

Bercés par une Bande Originale absolument exceptionnelle, composée par Dan Romer & Benh Zeitlin, on se laisse emporter par Hushpuppy et son père, par leur vie impensable, par leur terrible détermination, par leurs rêves.

Quelques liens pour aller plus loin :

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=200333.html

http://www.beastsofthesouthernwild.com

http://www.facebook.com/BeastsoftheSouthernWild

https://twitter.com/SouthernWildMWB

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Tweed et autres folies hivernales

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Sixteenthvision n’a que faire du froid polaire et de la couche de neige qui a recouvert la métropole lilloise. Elle s’arme se son bombardier et arpente la ville.

Nouvelle acquisition, donc, un short Promod aussi appellé "Short Couture", (oui, oui, COUTURE !) et en plus de m’être rhabillée pour l’hiver (quel humour) mon porte-feuille a pris autant de plaisir que moi. L’arme du crime était en effet soldée à 70%.

En tweed beige, ici assorti à une chemise vintage noire et des boots en cuir Pataugas.

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Qui a dit que le short ne pouvait pas être aussi élégant et féminin qu’une jupe ?

Je me sens pousser des ailes de Coco Chanel…

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… tout en me découvrant une âme d’aventurière.

Osons le mélange des genres, coupons le chic.

"Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue."

Coco Chanel

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Partez donc à l’aventure !

With Love

Sixtine L.

Critique personnelle et totalement subjective de l’Odyssée de Pi

ImageCette critique arrive un peu tard, vous aurez certainement du mal à trouver ce film en salle maintenant, mais cela n’a pas d’importance car cette critique est MÉCHANTE, digne d’un requin de Libé.

Car oui, l’œuvre de Ang Lee à 1,2 millions d’entrées n’a rien pour elle…

Ok, je suis peut-être un peu dure. De très belles images qu’il vaut mieux voir sur grand écran qu’en streaming mauvaise qualité sur son PC, je le conçois, un tigre qu’on voudrait pour chez soi, et un baleine qui plonge dans le plancton…

Pour le reste, une épopée en solitaire pleine de longueurs dont on aurait pu se passer, une réflexion sur les religions simpliste, des personnages oubliés au fil de l’histoire, une trame sans suspens… La bande-annonce suffisait.

Du fait du manque d’intérêt de ce film à énorme budget, je n’ai pas grand chose à dire non plus. À film inutile, critique inutile ?

J’aurai tout de même appris à ne jamais faire confiance à un tigre, sait-on jamais. J’aurai également découvert Pondichéry qui, il faut l’avouer, est magnifique.

Et puis, pour la petite actualité, notre cher ex-compatriote Gérard Depardieu a été du voyage. Oui, oui, oui ! Un rôle de une minute et demi ou il incarne un gros cuisinier dégueu et mauvais.

L’acteur dans toute sa splendeur.

(La petite rime de la fin, c’est cadeau).

Sixtine L.

Portrait #1 : Comme des vieux

ImagePar SIXTINE L.

Photo FREDERIQUE D.

Il a été maire de Puiseux pendant 38 ans et agriculteur, elle a  été  enseignante. Ils  sont  maintenant  parents  et grands-parents à plein temps.

La lumière est tamisée, le groupe de chinois à la table d’à coté fait un bruit monstrueux. Ils rient, crient. Vivent. Cela ne semble pas déranger Jean. Je suis dur de la feuille, dit-il au serveur après lui avoir fait répéter trois fois le choix des sauces. Odile soupire à côté de lui. Elle ne supporte pas ça, elle aimerait qu’il parle mieux, qu’il renonce moins à être… vieux. Jean choisit un faux-filet, la pièce la plus tendre ! s’exclame le serveur. Mais Jean n’entend pas. ‘Tu sais, on a de la chance d’être au restaurant. Quand j’étais petit, on n’avait pas tout ça. Ma grand-mère, qui habitait en face de chez nous, me donnait un sucre pour le gouter. Un sucre !’ Odile acquiesce en souriant, comme si elle était garante de chacun des souvenirs de Jean. Les plats arrivent. ‘Elle est coriace cette viande, il faut des bonnes dents’ ! Odile lève les yeux au ciel. ‘Mais non Jean, c’est un faux-filet’ !

Jean ne parle pas en mangeant, le vin l’endort. Odile raconte avec bonheur ses souvenirs. ‘Quand Frédérique m’a dit que Jean l’avait emmené visiter cette maison, j’ai su que c’était gagné ! Tu sais qu’il a habité toute son enfance Rue St Jean’ ! Jean lève les yeux de son assiette. ‘Ma grand-mère habitait juste en face, elle me donnait un sucre pour le gouter’. Odile ne veut pas commander de dessert, la mémoire de Jean s’enfuit, lui-même en a conscience. Elle veut écourter le repas, l’instant ne restera pas si doux. Mais Jean veut un dessert et Jean est encore plus têtu qu’elle. Odile réajuste ses cheveux roux. Soixante-quatorze ans, deux enfants, quatre petits-enfants et très loin de se laisser aller. Elle court, elle vole partout, ses enfants disent qu’elle raccroche plus vite que son ombre, qu’elle fait tout trop vite, avec trop de passion. Odile organise des repas pour ses enfants comme pour ceux de Jean, elle offre des huitres à tout le monde, réunit toute la marmaille pour Noël, les anniversaires, et même les jours sans fête pour remplir leur gigantesque maison qui est trop vide. Elle vit pour deux. Elle pense pour deux.

Ces deux là forment un couple curieux. Jean est un homme de la terre, un peu rustre, pas très bavard, aimant le vin, la bonne nourriture et les femmes. Odile est une femme mondaine, bourgeoise. Elle aime la culture, les réunions, le bridge, et cuisiner de la bonne nourriture.

‘Mais tu comprends, le bridge, ça me sauve. Ca me donne l’impression que je ne perds pas la tête, moi aussi’, confit-elle alors que Jean est absent. ‘Je vis tous les jours avec un homme qui a une mémoire immédiate d’une minute, qui pose toujours les mêmes questions, qui est toujours préoccupé par les mêmes choses. Pour le moment je m’occupe de lui, mais qui s’occupera de moi quand ce sera mon tour. Je ne veux pas oublier’. Elle comme lui traversent les étapes qu’on préfère ignorer. Perdre ses amis, la mémoire, la santé. ‘Avant j’avais peur de mourir. Je ne veux pas mourir maintenant, je veux connaître mes arrière-petits-enfants d’abord. Mais c’est vrai que ça fait moins peur quand tout d’un coup la vie n’est plus aussi facile…’

Jean sort une cigarette. ‘Jean, on ne fume pas dans les restaurants’ ! s’exclame-t-elle horrifiée. ‘Je fume si je veux ! Qui va empêcher un homme de quatre-vingt ans de fumer s’il en a envie’ ? Odile ne lui rappelle pas qu’il en a quatre-vingt quatre et se contente de lui prendre sa cigarette des mains. Voilà, l’instant est rompu. Il est vexé mais ne dit rien. Odile est encore vive et rapide, Jean, lui, est lent, lourd. Le poids de la vieillesse.

C’est un roc. Cela fait dix ans que les médecins préviennent Odile qu’il faut qu’elle se prépare à ce qu’il ne passe pas l’année. Il survit à toutes les opérations et à tout le monde. Il survit au temps qui passe et à la mémoire qui trépasse.

Une fois rentré chez eux, Jean s’installe comme toujours dans son canapé, dos à la fenêtre, sa place préférée, dit-il. On s’y enfonce comme dans un rêve et on y dort merveilleusement bien. Il est entouré de journaux qu’il fait semblant de lire. Il est plus à l’aise ici que dans un restaurant trop bruyant. Il commence à me raconter. L’été où ils ont acheté leur maison à l’île d’Yeu. La pendaison de crémaillère qu’ils ont organisé. ‘On avait rempli la piscine gonflable de glaçons et ont avait mis toutes les bouteilles de champagne dedans’. La folie de grandeurs, la démesure. Odile et Jean, c’était ça. Organiser des grandes soirées, réunir autour d’eux. Jean continue, on ne gâche pas un éclair de lucidité. Le safari qu’ils ont fait au Sénégal, où il a caché une mygale dans un bocal pour faire peur à Odile.

Leur maison est à l’image de leur démesure de bons vivants. D’immenses espaces, des chambres partout, des tableaux représentant des paysages ou des faisans, des tapis, des collections de bibelots, des armoires entières remplies de photo de famille.

Le nouvel an qu’ils ont passé à Athènes. Odile avait tellement froid que Jean lui a offert un manteau de fourrure. Un vrai. A l’époque, la douane n’était pas si chipoteuse.

Odile rougit, rigole bruyamment. Elle fait tout bruyamment, elle tente péniblement de remplir le vide laissé par le silence de Jean, dans cette maison trop grande. Elle se justifie. Ils ont profité de leurs années de facilité mais tout n’a pas toujours doré.

Le premier mari d’Odile a disparu dans la nature alors qu’elle était enceinte de leur deuxième enfant. Jean était juste assez jeune pour ne pas partir au front pendant la seconde guerre mondiale. Ils racontent leurs souvenirs qui ont des airs de vielles photos jaunies par le temps.

Ils se sont rencontrés il y a trente ans, ils ont décidé de ne pas avoir d’enfant ensemble, ils ont voyagé partout dans le monde, vécu, et cherchent désormais à vivre… Comme des vieux…